Module 3

Module 3

La solidarité internationale

Quels-sont les liens de solidarité entre les communautés? Comprenez-les avec ce module tout en vous informant sur l’origine de ces concepts.

Dans ce module

Fiche pédagogique

RÉSUMÉ

À partir d’un questionnaire, les élèves sont invités à remettre en question leurs propres conceptions à l’égard des pays en voie de développement. Des définitions et des exemples variés leur permettront ensuite d’approfondir leur connaissance de la solidarité en contexte international et communautaire.

OBJECTIFS

Les élèves seront amenés à :

  • remettre en question certains mythes à l’égard des pays en voie de développement;
  • comprendre et questionner l’origine des différentes notions souvent associées à la solidarité internationale;
  • identifier ce que veut dire la solidarité dans un contexte international et communautaire;
  • réfléchir à leur propre expérience solidaire et de vie associative.
DURÉE DE L'ACTIVITÉ
  • 30 minutes, si on s’en tient au questionnaire proposé,
  • 60 à 90 minutes, si on approfondit en utilisant les définitions et les exemples suggérés pour mieux comprendre la solidarité en contexte international et communautaire.
PRÉPARATION ET MATÉRIEL
DÉROULEMENT

Mise en situation (5 minutes)

  • Entrée en matière effectuée dans le cadre de la collecte de vélos usagés de Cyclo Nord-Sud à venir cette saison (si cela s’applique) OU possibilité de l’inclure à des événements spéciaux comme les Journées québécoises de la solidarité internationale qui se tiennent habituellement en novembre.
  • Demandez aux élèves quels sont les préjugés qui subsistent dans notre société à l’égard des pays du Sud.
  • Présenter le questionnaire Quelques mythes à déconstruire comme un outil qui permettra aux élèves de remettre en question certains de ces préjugés.
RÉALISATION

(15 minutes) Le questionnaire Quelques mythes à déconstruire est projeté sur un écran et les élèves sont invités à répondre à main levée. Après chaque question, la bonne réponse est partagée avec l’ensemble de la classe.

  • 30 minutes pour cette activité : passez à l’étape RETOUR-INTÉGRATION.
  • 60 minutes pour cette activité :  questions pour aller plus loin (recommandé pour des groupes de 5e secondaire et collégiaux).

Qu’y a-t-il dans un nom?
(15 minutes) Former cinq équipes et attribuer leur chacune une définition parmi les termes suivants [voir
Annexe 1] :

  1. pays sous-développés et pays (sur)développés
  2. pays en développement et pays les moins avancés
  3. tiers-monde
  4. Nord-Sud
  5. Sud globalisé
    Chaque équipe se familiarise avec la définition qui lui a été remise et discute des questions suivantes :
    En quelle année est apparue l’utilisation de ce terme?
    Identifier d’autres événements se déroulant à la même époque et qui ont pu influencer l’émergence de tels terme
    s.
    (Par exemple, la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la fin des empires coloniaux et la vague d’indépendance des pays du Sud, la guerre froide, etc.)

    Quelles impressions générales se dégagent de l’utilisation de ces termes? (Par exemple de la pitié, une distinction entre les privilégiés et les défavorisés, un sentiment d’universalité, etc.)

(10 minutes)
– Inviter chacune des cinq équipes à présenter brièvement les termes discutés et le fruit de leur discussion.

[voir corrigé en Annexe 2]

RÉALISATION (suite)
  • 90 minutes pour cette activité : Questions pour aller plus loin. (recommandé pour des groupes de 5e secondaire et collégiaux).

La solidarité n’est pas à sens unique (10 minutes) ;
– Demander aux élèves comment ils définissent le mot solidarité.
-Présenter la définition suivante : solidarité vient du terme latin solidum et signifie « pour le tout », pour l’ensemble, pour toutes et pour tous.
– Demander aux élèves si selon eux la solidarité est uniquement pratiquée par les communautés du Nord vers celles du Sud.

(15 minutes)
– Demander aux élèves de se regrouper en équipe de quatre pour prendre connaissance d’un des deux exemples de solidarité suivants qui pourrait les surprendre : « Curry et graisse de bicycle » [voir Annexe 3] ou Un village malien au secours des sinistrés québécois.
– Chaque équipe se familiarise avec l’article qui lui est remis et discute des questions suivantes :
Quels sont les éléments de cette histoire qui vous surprennent? Pourquoi?
En quoi cette histoire illustre-t-elle un exemple de solidarité?

(5 minutes)
– Toujours en équipe, les élèves sont invités à partager des expériences de solidarité communautaire ou internationale auxquelles ils ont pris part et à décrire comment ils ont fait preuve d’entraide et de solidarité. Par exemple, ont-ils déjà fait partie d’une équipe de sport, d’un conseil étudiant, d’un groupe cycliste, etc.

RETOUR ET INTÉGRATION

(15 minutes)

  • Projeter la vidéo Travailler avec Haïti : un exemple de solidarité qui illustre la coopération et la solidarité internationales.
  • Conclure avec une discussion en groupe demandant aux élèves d’identifier certains préjugés que le questionnaire, les activités ou la vidéo ont permis de remettre en question.
  • Rappel de la collecte de vélos à venir, si c’est le cas.
PISTE D'ÉVALUATION
  • Qualité de l’esprit d’équipe démontré par chaque élève lors du questionnaire.
  • Qualité de la participation de chaque élève à la discussion de groupe.
  • Qualité de la synthèse présentée par chaque équipe (dans le cas des activités suggérées pour des périodes de 60 ou 90 minutes).
RESSOURCES SUPPLÉMENTAIRES
  • Des livres, des sites Web, des capsules vidéo et des photos ont également été sélectionnés pour vous : en savoir plus.
ACTIVITÉS COMPLÉMENTAIRES

Organisation d’une collecte de vélos : consulter la page dédiée.

Pour un cours d’éthique et de culture religieuse OU de géographie :
o Inviter les élèves à dresser un portrait plus détaillé d’une organisation partenaire de Cyclo Nord-Sud.
o Ce travail de recherche peut commencer en sélectionnant une organisation partenaire parmi la liste disponible sur le site de Cyclo Nord-Sud. Pour les organisations partenaires au Nord, voir cette page. Pour les organisations partenaires du Sud, voir cette page.
o Selon l’ampleur du travail de recherche demandé, on peut suggérer aux élèves d’aborder les sujets suivants :
– situation actuelle du pays ou de la région où est située l’organisation partenaire (économique, social, environnemental, politique, en matière de transport, etc.)

– sur quels enjeux particuliers œuvre l’organisation sélectionnée. Par exemple, les questions environnementales, le leadership des jeunes, etc.
– Quel aspect revêt cet enjeu dans votre propre communauté?

ACTIVITÉS COMPLÉMENTAIRES (suite)
  • Pour un cours de français ou de communication :

o À la suite de la discussion de groupe, les élèves sont invités à produire un court texte dans lequel ils feront état de leurs nouveaux apprentissages en lien avec la solidarité Nord-Sud. On peut demander aux élèves d’inclure au moins une référence à un élément discuté en classe et une référence se retrouvant dans l’une des définitions présentées.

o Rédiger un article ou réaliser une courte vidéo portant sur une activité de solidarité qui se déroule dans l’établissement d’enseignement.

Matériel pédagogique

ANNEXE 1

Liste des termes et de leur définition pour l’activité Qu’y a-t-il dans un nom?

  • Pays sous-développés : En janvier 1949, le président des États-Unis, Harry Truman, annonçait dans son discours inaugural l’existence d’une nouvelle catégorie de pays : « les pays sous-développés. » Un qualificatif qui n’existait pas auparavant. S’ouvrait ainsi l’ère de l’aide publique au développement. 1 Cette notion se base essentiellement sur une notion de développement inspirée d’une compréhension capitaliste et occidentale. Une perspective économique qui fait en sorte que les pays, dont plusieurs sont d’anciennes colonies, survivent grâce à l’agriculture et aux matières premières, et ont un faible taux d’industrialisation.
  • Pays (sur)développés : Si on dit de certains pays qu’ils sont « sous-développés », on suggère donc qu’il y a aussi son contraire, c’est-à-dire des pays « développés », voire surdéveloppés. Encore une fois, une telle notion met l’accent sur un développement économique, plutôt que de tenir compte d’autres aspects tels que la vie communautaire et les conséquences environnementales qu’entraînent les façons de vivre des pays dits plus développés.
  • Pays en développement : Dans les années 1960, jugeant que l’appellation « pays sous-développé » était péjorative, un nom plus poli « pays en voie de développement » ou « pays en développement » voit le jour. Dans les années 1970, ce sera au tour de l’expression « pays les moins avancés » de faire son apparition. Pourtant, les réalités demeurent les mêmes et les inégalités mondiales ne cessent de s’accroître non seulement pour les pays du Sud, mais aussi à l’intérieur de chaque pays. Les pauvres continuant de s’appauvrir et les riches, de s’enrichir.
  • Tiers-monde : une expression inventée par le démographe français Alfred Sauvy dans un article intitulé Trois mondes, une planète, publié en 1952. À cette époque, en plein début de la guerre froide, le monde semble divisé en deux, le bloc de l’Ouest avec à sa tête les États-Unis et le bloc communiste, mené par l’URSS. À ce sujet, Sauvy écrit : « Nous parlons volontiers des deux mondes en présence, de leur guerre possible, de leur coexistence, etc., oubliant trop souvent qu’il en existe un troisième, le plus important et, en somme, le premier dans la chronologie. C’est l’ensemble de ceux que l’on appelle, en style Nations unies, les pays sous-développés. […] Et peut-être, à sa vive lueur, le monde numéro 1 pourrait-il, même en dehors de toute solidarité humaine, ne pas rester insensible, humble et féroce vers la vie. Car enfin, ce Tiers monde ignoré, exploité, méprisé comme le Tiers État, veut lui aussi être quelque chose. » En créant le mot, « Tiers-monde », Alfred Sauvy fait une comparaison entre la situation des pays sous-développés et la condition des exclus politiques du Tiers État, au temps de la monarchie en France, avant la Révolution française de 1789.
  • Nord-Sud : La désignation d’une limite entre le Nord et le Sud est le nom donné à une ligne imaginaire qui séparerait les pays du Nord étant généralement considérés comme plus industrialisés et économiquement plus riches; alors que les pays appartenant au Sud, sont généralement considérés comme moins développés économiquement et plus appauvris. Succédant à d’autres termes, tels que « tiers-monde » ou « pays en développement », la désignation Nord-Sud est apparue en 1980 dans un rapport intitulé Nord-Sud : un programme de survie, rapport de la Commission indépendante sur les problèmes de développement international, présidée par l’ancien chancelier allemand Willy Brandt. Ce rapport utilisa aussi des cartes géographiques où se retrouvait la projection de Peters. Depuis l’introduction de ce terme en 1980, la réalité a changé. Certains pays du Sud comme le Chili, Cuba et les Émirats arabes unis ont maintenant atteint un Indice de développement humain (IDH) supérieur à celui de la Roumanie ou de l’Ukraine. Inversement, cinq des principaux pays dits émergents se retrouvent du côté sud : la Chine, le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud et le Mexique.
  • Le Sud globalisé : Avec l’effondrement de l’Union soviétique au début des années 1990, on voit maintenant apparaître l’expression Sud globalisé qui met ainsi l’accent sur le fait qu’il n’y ait pas seulement « un Sud », mais bien plusieurs réalités à travers le monde où se retrouvent des populations, des économies nationales qui sont marginalisées et exploitées. En fait, on retrouve « des Sud », même dans les pays plus favorisés. « [L]’évolution des villes dans de nombreuses régions du monde est contraire aux impératifs écologiques, sociaux et économiques. Plusieurs facteurs économiques, institutionnels et juridiques contribuent par exemple à accentuer la fragmentation des villes. On constate ainsi qu’une ligne de fracture entre la ville « légale », bien équipée, moderne et productive, et le reste de la ville, illégale ou « informelle », parfois désignée comme bidonville, shanty town ou favela 2. Depuis la fin des années 1990, la montée de l’altermondialisme a également contribué à la diffusion de ce terme.

 

ANNEXE 2
Corrigé de l’activité Qu’y a-t-il dans un nom?

1. En quelle année est apparue l’utilisation de ces termes?

a) pays sous-développés et pays (sur)développés : en janvier 1949, durant le discours inaugural du président des États-Unis, Harry Truman.
b) pays en développement et pays les moins avancés : dans les années 1960, pour le terme « pays en développement » et dans les années 1970, pour le terme « pays les moins avancés ».
c) Tiers-monde : en 1952, dans un article publié par le démographe français Alfred Sauvy.
d) Nord-Sud : en 1980, dans le titre du rapport de la Commission indépendante sur les problèmes de développement international, présidée par l’ancien chancelier allemand Willy Brandt.
e) Sud globalisé : début des années 1990.

2. Identifier d’autres événements se déroulant à la même époque et qui ont pu influencer l’émergence de tels termes.

Les réponses suivantes sont suggérées à titre indicatif et sont non-exhaustives : l’enseignant(e) et les élèves peuvent très bien apporter d’autres éléments de réponse.

a) pays sous-développés et pays (sur)développés, en janvier 1949 : fin de la Deuxième Guerre mondiale et début de la guerre froide.
b) pays en développement (années 1960) et pays les moins avancés (années 1970) : la Conférence de Bandoung de 1955 et la formation du mouvement des non-alignés, la fin des empires coloniaux et la vague d’indépendance des pays du Sud qui se poursuit dans les années 1960.
c) Tiers-monde, en 1952 : la fin des empires coloniaux et la vague d’indépendance des pays du Sud.
d) Nord-Sud, en 1980 : début de l’ère néolibérale avec les gouvernements de Margaret Thatcher au Royaume-Uni et de Ronald Reagan aux États-Unis, mondialisation des économies, crises environnementales à grande échelle.
e) Sud globalisé, au début des années 1990 : débuts des mouvements altermondialistes avec la mobilisation internationale contre l’Accord multilatéral sur les investissements (AMI), les premières grandes manifestations contre l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle (1999), la tenue du premier Forum social mondial à Porto Alegre au Brésil (2001), le Sommet des Amériques et le Sommet des peuples à Québec (2001), etc.

3. Quelles impressions générales se dégagent de l’utilisation de ces termes? (Par exemple de la pitié, une distinction entre les privilégiés et les défavorisés, un sentiment d’universalité, etc.)

Les réponses suivantes sont suggérées à titre indicatif et sont non-exhaustives, l’enseignant(e) et les étudiant(e)s peuvent très bien apporter d’autres éléments de réponse.

a) Pays sous-développés et pays (sur)développés : tend à diviser le monde en deux; ne tient pas compte des zones grises; tend à avoir une connotation négative associée à la pauvreté; ne questionne pas le type de développement prôné et tend à mettre l’accent sur un développement économique et industriel au détriment des aspects sociaux, culturels, environnementaux, etc. En opposant « sous-développement » et « sur-développement » cela peut nous amener à remettre en question les inégalités sur lesquelles se fondent ce « sous » et ce « sur » développement.
b) Pays en développement et pays les moins avancés : donne l’impression que le développement est un processus linéaire; tend à avoir une connotation négative associée à la pauvreté; ne tient pas compte des zones grises; ne questionne pas le type de développement prôné et tend à mettre l’accent sur un développement économique et industriel au détriment des aspects sociaux, culturels, environnementaux, etc. Tend à prôner un « développement » à l’image du monde occidental industrialisé comme étant la seule voie à suivre.
c) Tiers-monde : suggère que le monde est divisé en trois parties; ne tient pas compte des zones grises; met en évidence la possibilité d’une troisième voie; tend à avoir une connotation négative associée à la pauvreté.
d) Nord-Sud : suggère que le monde est divisé en deux parties; renforce l’idée que la richesse se trouve au Nord et la pauvreté au Sud; ne tient pas compte des zones grises; fige les pays dans un ensemble ou dans l’autre.
e) Sud globalisé : reprend la notion de Sud en la transposant dans un contexte global; suggère que les inégalités et la pauvreté se retrouvent partout dans le monde; peut aider à faire prendre conscience que les enjeux liés aux inégalités et à la pauvreté ont traditionnellement été associés au Sud, mais sont présents dans l’ensemble des sociétés à travers le monde.

 

ANNEXE 3
Article Curry et graisse de bicycle; un projet vélo dans Parc Extension 3

Libérer des espaces : résister, créer, militer. Entrevue avec Adeel
Depuis plusieurs années, Adeel vit et s’implique dans Parc Extension (Montréal) où il a multiplié les projets visant les jeunes du quartier, notamment l’ouverture d’un local d’apprentissage de réparation de vélo. Il nous parle de son expérience dans le quartier.

AB : Est-ce que tu peux te présenter ?
Adeel : Ma famille est originaire du Pakistan. J’ai grandi à Scarborough (Est de Toronto) qui était à l’époque un quartier ouvrier, populaire, assez difficile, majoritairement blanc. Plus tard j’ai voyagé, j’ai vécu un peu partout au Canada.
AB : Pourquoi avoir choisi de vivre et de t’impliquer dans Parc Extension ?
Adeel : Parce que je m’y sens bien. Je ne me voyais pas vivre sur le Plateau ou dans le Mile End, avec les touristes, les étudiantEs. On ne partage pas la même réalité. Les immigrantEs, les personnes racisées4 vivent du profilage, de la discrimination, des abus policiers… C’est mon expérience et c’est contre ça que j’ai envie d’agir, là où ça se passe. Puis Parc Ex c’est aussi un quartier populaire, avec beaucoup d’immigrantEs qui se baladent en vêtements traditionnels, qui parlent leur langue, ce que je n’aurais jamais pu faire quand j’étais plus jeune. Ça me permet de me reconnecter avec des gens qui pourraient être mes oncles, mes tantes, qui me transmettent mon héritage pakistanais.
AB : Comment en es-tu arrivé à monter ton atelier de vélo ?
Adeel : Un jour je me baladais dans le quartier et un jeune est tombé de bicycle devant moi parce que quelque chose était brisé. Je lui ai montré comment le réparer. Ça m’a donné l’idée et j’ai commencé à m’installer le samedi avec mes outils au parc Athéna pour montrer aux jeunes comment arranger leurs vélos. Quelques mois plus tard j’ai emménagé dans un garage de location qui donnait sur une ruelle. J’ai fait ça pendant quatre ans, il y a des jeunes que j’ai vu grandir, ils me connaissent tous dans le quartier.
AB : Pourquoi un atelier de vélo ?
Adeel : En fait c’est pour faire la promotion de l’autonomie, du D.I.Y (Do-It-Yourself). Ce n’est pas facile au début d’expliquer aux enfants que je ne vais pas réparer leur vélo mais plutôt leur montrer comment le réparer. Pour moi c’est important l’idée d’apprendre à se servir d’outils, à utiliser ses mains. L’atelier était aussi un espace où les enfants pouvaient être des enfants, un endroit où ils n’avaient rien à prouver, où ils pouvaient apprendre sans avoir à se conformer à quoi que ce soit. Puis les jeunes du quartier, c’est des immigrantEs, moi je comprends leur culture, je parle leur langue, j’ai la même couleur de peau… Je joue un peu le rôle de grand frère à qui on peut parler. L’atelier offre un autre modèle, autre chose que la consommation, les beaux vêtements, ça ouvre la porte sur d’autres façons d’être et de vivre.
AB : Est-ce que c’est difficile de mener un projet comme ça ?
Adeel : Oui, surtout financièrement en fait ; je n’ai pas d’aide, les outils coûtent cher… Parc Ex c’est un quartier pauvre, quand tu répares un vélo, tu veux le vendre à 55$, mais un vélo volé coûte 10$…
AB : Pourquoi ne pas avoir joint le mouvement communautaire ?
Adeel : J’ai déjà été bénévole, mais souvent les activités du communautaire ne rejoignent pas les jeunes du coin, qui ne les trouvent pas assez « cools ». En plus ceux et celles qui travaillent dans ces organismes viennent souvent d’autres quartiers, sont majoritairement blancs, pour eux/elles c’est juste une job. Il faudrait embaucher du monde issu de la communauté parce que ce sont les mieux placés pour y intervenir.
AB : Tu as aussi eu d’autres projets dans Parc Extension ?
Adeel : Oui, pendant longtemps on a fait des projections de films au métro Parc, qui abordaient des problématiques comme la discrimination, la violence policière, des choses qui sont une réalité dans le quartier, afin d’ouvrir des espaces de dialogue. On a aussi essayé de mettre sur pied une buanderie coopérative, qui devrait ouvrir en mars même si on n’a pas réussi à obtenir tout le financement nécessaire.
AB : Est-ce que tu considères ce que tu fais dans le quartier comme une action militante ?
Adeel : Non, pour moi ça c’est juste ce que tout le monde devrait faire ; s’investir dans sa communauté, créer des liens, bâtir des choses ensemble. Pour moi militer c’est s’organiser ensemble pour améliorer la vie des gens en général, combattre les politiques, faire pression sur ceux et celles qui ont le pouvoir. Il y a plein de problématiques, mais à Parc Extension on construit des condos à deux chambres alors que certaines familles n’ont même pas de vitres dans leurs fenêtres… On vit dans un mythe au Canada, on parle d’égalité des chances, on dit que tout le monde a les mêmes opportunités. Ce n’est pas vrai, si tu n’es pas néE ici, que t’es pas blancHE, pas riche, tu n’as pas les mêmes droits, ta vie est différente. Des droits fondamentaux sont bafoués. Il y a des gens qui sont payés 20 $ pour une journée à ramasser des fruits, d’autres 15 $ pour distribuer 3000 pamphlets. CertainEs ne trouvent pas de travail. Militer c’est prendre action pour changer ça.
Propos recueillis par Giuliana Fumagalli et Magaly Pinote.

  1. Jacques B. Gélinas, Dictionnaire critique de la mondialisation : Les mots du pouvoir, le pouvoir des mots, Écosociété, 2008, pp. 250-251.
  2. Pierre Jacquet, Rajendra K. Pachauri & Laurence Tubiana sous la dir., L’Annuel du développement durable 2010 – Regards sur la terre : Villes changer de trajectoire, Presses de Science Po, 2010, p.13.
  3. Fumagalli, Giuliana et Magaly Pinote, « Curry et graisse de bicycle ; un projet vélo dans Parc Extension », À bâbord !, no 34, avril-mai 2010. Reproduit avec la permission d’À bâbord !
  4. Personnes faisant l’expérience du racisme en raison de leur couleur de peau, origine ethnique, accent, culture ou religion.

Fiches 1 à 3

Fiche 1 » Quelques mythes à déconstruire (PDF)
Fiche 2 » Nord-Sud, pays pauvres et pays riches : Comment se retrouver dans tout ça? (PDF)
Fiche 3 » La solidarité internationale: au-delà de la charité (PDF)

Suggestions de questions

Questions suggérées pour la fiche 2 : Nord-Sud, pays pauvres et pays riches : Comment se retrouver dans tout ça?

1 En quelle année est apparue l’utilisation des termes « pays sous-développés » et « pays (sur)développés »?
Réponse : En janvier 1949, durant le discours inaugural du président des États-Unis, Harry Truman.

2 En quelle année est apparue l’utilisation des termes « pays en développement» et « pays les moins avancés » ?
Réponse : dans les années 1960, pour le terme « pays en développement » et dans les années 1970, pour le terme « pays les moins avancés ».

3 En quelle année est apparue l’utilisation du terme «Tiers-monde»?
Réponse : en 1952, dans un article publié par le démographe français Alfred Sauvy.

4 En quelle année est apparue l’utilisation du terme « Nord-Sud »?
Réponse : en 1980, dans le titre du rapport de la Commission indépendante sur les problèmes de développement international, présidée par l’ancien chancelier allemand Willy Brandt.

5 En quelle année est apparue l’utilisation du terme « Sud globalisé »?
Réponse : au début des années 1990

En savoir plus

VIDÉOS
Travailler avec Haïti : un exemple de solidarité (4 :38 minutes)

LIVRES
Beaudet, Pierre, Qui aide qui? Une brève histoire de la solidarité internationale au Québec, Boréal, 2009.
Christin, Rodolphe, Manuel de l’anti-tourisme, Écosociété, 2010.
Entraide missionnaire, Par-delà l’aide internationale : des solidarités à inventer, L’Entraide missionnaire, Congrès 2010.
Fumagalli, Giuliana et Magaly Pinote, « Curry et graisse de bicycle ; un projet vélo dans Parc Extension », À bâbord !, no 34, avril-mai 2010.
Gélinas, Jacques B., Dictionnaire critique de la mondialisation : Les mots du pouvoir, le pouvoir des mots, Écosociété, 2008.
Konaté, Moussa et al., Sur les petites routes de la démocratie : L’expérience d’un village malien, Écosociété, 1999.
Saint-Germain, Michel, L’avenir n’est plus ce qu’il était, Éditions Québec/Amérique, 1993.

SITE WEB
Association québécoise des organismes de coopération internationale
Comité pour la justice sociale, trousse d’outils éducatifs, Un monde différent
Matériel AQOCI, Repensons le développement, JQSI, 2010
Le réseau IN-TERRE-ACTIF, Dossier : L’ACB de la mondialisation
et trousse pédagogique